PERSPECTIVES
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Les e-commerçants chinois bousculent l’écosystème logistique européen
Les e-commerçants chinois bousculent l’écosystème logistique européen

 

La récente entrée en vigueur de la taxe sur les petits colis en France a ouvert les yeux du grand public sur le déferlement de colis en provenance de Chine et, plus largement, sur l’offensive commerciale des
e-commerçants chinois. Ces derniers bouleversent non seulement le commerce en ligne avec des produits à bas prix mais aussi la chaîne logistique. Mais qui sont ces e-commerçants ?
Panorama.

Shein, Temu, Alibaba, ces noms, encore inconnus il y a quelques années, sont désormais au cœur de l’actualité du e-commerce. Les petits colis venus de Chine ont pris de l’ampleur dans les flux logistiques européens, depuis la relative fermeture du marché américain dont les droits de douane ont augmenté de manière significative. Aujourd’hui, « près de 4,5 milliards de paquets entrent en Europe principalement par Amsterdam, Paris, Francfort et Liège », constate Christian Delcourt, le directeur de la communication de l’aéroport de Liège, dont le Groupe ADP possède 25 % du capital. Cette manne alimente massivement les flux des opérateurs logistiques. L’ancien PDG de La Poste, Philippe Wahl, soulignait fin 2024 que Temu et Shein représentaient 22 % du total des colis transportés par le Groupe en Europe, une part supérieure à celle d’Amazon. Plus récemment, en octobre 2025, La Poste indiquait dans un communiqué que « 80 % de la croissance du marché du colis est aujourd’hui directement portée par les plateformes asiatiques (Alibaba, Shein, Temu…) ». C’est dire l’importance qu’elles revêtent.

Des modèles qui commencent à évoluer

Pour contourner les hausses des taxes douanières en Europe, les e-commerçants chinois investissent dans des entrepôts de stockage à partir desquels la livraison s’organise. En passant d’un schéma BtoC à une démarche BtoBtoC, ils internalisent les opérations et développent autour de ces entrepôts un réseau maillé avec l’objectif de pouvoir livrer leurs clients dans la journée. Si Cainiao, la branche logistique d’Alibaba procède de cette manière, Temu et Shein continuent, de leur côté, de sous-traiter leurs opérations, faute d’entrepôts ou de centres de commandes en Europe. Tous deux travaillent avec différents partenaires, tels que Colissimo, Chronopost, Colis Privé ou encore Mondial Relay.

De nouvelles approches logistiques

Les réflexions des e-commerçants sur l’avenir de leur propre business model se traduisent aussi par le rachat d’opérateurs déjà en place, ce qui a des incidences sur les volumes externalisés. En août 2025, l’entreprise logistique américano-chinoise Gofo Express a racheté la branche européenne Cirro Parcel, un spécialiste de la livraison qui opère en France, aux Pays-Bas et en Italie. Fort de son centre de tri de 10 000 m2 en Île-de-France et de ses 12 hubs répartis sur l’ensemble du territoire, Gofo – c’est son nouveau nom – a déjà conquis des parts de marché au détriment de La Poste, en dépit « d’une mauvaise qualité de service et de prix peu compétitifs » selon les dires d’Édouard de Lestrange, directeur général d’Upela, un comparateur de prestations logistiques. Cette internalisation complète de la chaîne logistique change la donne et tend à indiquer que certains 
e-commerçants chinois préfèrent désormais avoir la main sur leur propre réseau plutôt que de sous-traiter leurs flux. Cette tendance pourrait être appelée à prendre de l’importance.

Une nouvelle vague d’arrivée d’acteurs logistiques

Des géants de la logistique tels que JD Com renforcent d’ores et déjà leur présence en Europe et construisent leur propre infrastructure logistique, à l’instar de ce qu’Amazon a fait dans le passé. D’autres acteurs, tels que SF Logistics, Logicor – propriété de China Investment Corporation – et Yun Express investissent aussi le continent européen et exploitent déjà des entrepôts logistiques près de l’aéroport Charles-de-Gaulle de Roissy.

Si cette offensive constitue une menace bien réelle pour des acteurs tels que La Poste, les obstacles que les
e-commerçants chinois doivent franchir n’en restent pas moins significatifs : nécessité de proposer des produits conformes aux normes européennes et nationales, adaptation aux différentes législations du travail et à un code européen des douanes plus contraignant, difficulté à trouver de la main-d’œuvre, image de marque à optimiser.

Si à ce stade, rien n’est encore définitivement joué, les protagonistes européens du transport font néanmoins face à un dilemme. Faut-il travailler avec les e-commerçants chinois et capter ces flux pour assurer une partie du chiffre d’affaires ou refuser de le faire au risque de voir, à terme, ses propres prestations menacées par le développement de la logistique asiatique ? Pour La Poste, il est primordial de capter les volumes des grandes plateformes chinoises et d’assurer la distribution de leurs colis entrés sur le territoire. C’est un enjeu pour l’emploi et c’est une question de souveraineté pour la logistique du dernier kilomètre.

Les e-commerçants chinois en chiffres

JD.COM : 148 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 800 millions en France
ALIBABA : 123 milliards d’euros
TEMU : 50 milliards d’euros, dont 1,4 milliard en France
SHEIN : 38 milliards d’euros, dont 2,2 milliards en France

Source : L’Usine Nouvelle