PERSPECTIVES
PERSPECTIVES
Guerre en Iran : la logistique mondiale sous tension
Guerre en Iran : la logistique mondiale sous tension


Le déclenchement de l’opération américano-israélienne en Iran et la contre-offensive iranienne ont d’ores et déjà d’importants impacts sur les flux logistiques. Explications.

Le 28 février dernier, les États-Unis et Israël lançaient une importante offensive militaire contre l’Iran. Les Iraniens y ont immédiatement répondu en frappant plusieurs pays de la région et en bloquant le détroit d’Ormuz. Or, ce passage maritime est éminemment stratégique. Près de 25 % du transport maritime mondial de pétrole (brut et produits raffinés) et presque 20 % du gaz liquéfié naturel transporté dans le monde transitent par ce goulet d’à peine 50 kilomètres. Chaque mois, ce sont près de 3 000 bateaux qui empruntent cette route maritime. Avec sa neutralisation, c’est tout le transport de marchandises qui se retrouve sous pression.

Des conséquences en chaîne

Les conséquences de cette crise sont très concrètes. Cette dernière a déjà provoqué :

  • Une hausse des prix de l’énergie : en à peine 15 jours, le prix du baril de brut est passé de 73 dollars à 100 dollars, poussant les États membres de l’Agence internationale de l’énergie à libérer des réserves pétrolières d’urgence afin d’éviter de trop fortes tensions sur les approvisionnements et de limiter la hausse des prix pour les consommateurs et les entreprises.

  • Une perturbation du trafic aérien : depuis le déclenchement du conflit, le trafic mondial s’est contracté d’environ 20 %, du fait des nombreuses annulations de vol. Selon l’Union des entreprises de transport et logistique de France (TLF), le fret aérien a d’ores et déjà réduit ses capacités d’environ 30 % sur le corridor Asie–Moyen-Orient– Europe et de 25 % sur l’axe Inde–États-Unis. Les hubs de Dubaï, d’Abu Dhabi et de Doha sont eux aussi affectés, entraînant d’importants dysfonctionnements dans les échanges de marchandises entre l’Union européenne et l’Asie du Sud-Est. La plupart des opérateurs logistiques ont dû recourir à des routes alternatives pour maintenir leurs envois de colis express internationaux.

  • Une désorganisation du trafic maritime : les compagnies maritimes ont, du fait de leur exposition, mis à l’abri leurs navires et décidé de faire passer leurs flux logistiques par le Cap de Bonne-Espérance, faute de pouvoir utiliser le canal de Suez.


Le risque d’une instabilité prolongée

La conjonction de ces trois éléments génère d’importants surcoûts qui se répercutent sur l’ensemble de la chaîne : hausse de 35 % du prix du carburant de soute, allongement des délais de livraison et hausse des taux de fret de 5 à 15 % sur les axes Asie-Europe, Europe-Asie, Europe-Océanie et Asie–États-Unis. Pour Anne-Sophie Fribourg, Vice-Présidente de TLF Overseas, « la crise du Golfe produit exactement l’effet redouté : une désorganisation qui se propage en cercles concentriques, des ports du Golfe jusqu’aux hubs asiatiques de Singapour et de Malaisie, en passant par l’ensemble des routes commerciales mondiales. Les chargeurs français doivent anticiper non seulement des délais allongés et des surcoûts immédiats, mais aussi une instabilité durable des taux de fret sur des routes qui, a priori, semblaient épargnées. » La question est maintenant de savoir combien de temps cette guerre va durer et si un retour à la normale est envisageable prochainement. Le pessimisme des experts laisse penser que ce ne sera pas immédiat.


Sources : Le Monde; Les Echos; La Tribune Dimanche; L’Union des Entreprises Transport et Logistique de France; IFRI (Institut français des relations internationales).